L’industrie automobile face à l’autopartage : un changement de stratégie nécessaire

Uber, Communauto, Car2go, ou Lyft : les plateformes d’autopartage bousculent les modes de transport traditionnels depuis quelques années. Alors que ce nouveau système permet aux utilisateurs de partager leurs dépenses, les constructeurs automobiles redoutent l’impact négatif qu’il pourrait avoir sur leurs ventes. Une nouvelle réalité économique qui force les Ford et Volkswagen de ce monde, pourtant poids lourds de cette industrie, à revoir leur modèle d’affaires.

Par Étienne Gamache

L’exercice financier n’est pas encore terminé qu’Uber peut déjà s’enorgueillir d’une autre année faste. La start-up spécialisée dans les services de transport prévoit des revenus nets de 4 milliards de dollars US pour l’année en cours, soit le double de l’année dernière. La valeur de l’entreprise est désormais estimée à 70 milliards de dollars US. En comparaison, celle de Ford se chiffre à 50 milliards.

Un choix plus abordable pour le consommateur

L’ambition d’Uber de s’imposer dans l’industrie du taxi n’est plus un secret. Toutefois, les visées de la firme sont beaucoup plus vastes que la seule conquête de ce marché, si considérable soit-il. L’entreprise souhaite accroître son bassin d’utilisateurs en faisant diminuer le nombre de propriétaires de véhicules.

Crédit photo : Étienne Gamache
Crédit photo : Étienne Gamache

Comment ? En offrant un service de transport plus abordable que le coût d’utilisation d’un véhicule personnel. Ainsi, la start-up croit pouvoir convaincre les propriétaires de renoncer à l’utilisation de leurs propres véhicules et de se tourner vers le service Uber. Ultimement, l’entreprise table donc sur une diminution des ventes d’automobiles afin de faire mousser ses affaires.

Cette stratégie porte déjà fruits dans les grandes métropoles comme New York, où le coût de possession d’une voiture est prohibitif. On estime qu’un propriétaire d’automobile y dépense 3 $ par kilomètre parcouru, alors que ce ratio est deux fois moindre avec Uber : un écart qui dissuade l’achat d’un véhicule dans la métropole américaine…et qui inquiète les constructeurs automobiles.

Conscients du potentiel effet néfaste de l’économie de partage sur leurs ventes, ces derniers investissent aujourd’hui massivement dans ce secteur pour ne pas se faire prendre de vitesse. Ironiquement, certains fabricants gèrent aujourd’hui leurs propres flottes consacrées à l’autopartage : c’est le cas de Daimler avec Car2go, mais aussi Ford (GoDrive) et BMW (DriveNow).

D’autres constructeurs injectent tout simplement des fonds dans les applications mobiles : General Motors a investi un demi-milliard de dollars dans Lyft, l’application rivale d’Uber au États-Unis ; Volkswagen s’est, quant à lui, associé à Gett, une start-up israélienne également présente dans le créneau de l’auto-partage.

« If you can’t beat them, join them »

Les constructeurs semblent avoir fait de l’adage anglais leur stratégie. À défaut de pouvoir freiner l’élan de l’autopartage, les constructeurs comptent bien, par le biais d’investissements massifs, récolter leur part de profits dans ce secteur en plein essor, et pour cause ; ce nouveau marché est doté d’un fort potentiel de croissance.

Alors que le marché mondial de l’automobile est estimé à 2,3 billion de dollars US, on chiffre aujourd’hui celui du transport de passagers à 5,5 billion. Qui plus est, ce dernier est appelé à croître considérablement au cours des prochaines années. Le Boston Consulting Group, un cabinet de conseil en stratégie, prévoit que le nombre d’adhérents aux services d’autopartage, qui est actuellement de 5,8 millions, gonflera à 35 millions d’ici cinq ans.

Faute de pouvoir juguler les effets négatifs de l’autopartage sur les ventes, les fabricants automobiles estiment désormais qu’il vaut mieux se positionner à l’avant-garde de ce secteur plus porteur d’avenir. En plus de transformer foncièrement l’industrie automobile, cette réorientation stratégique pourrait lui donner un nouveau souffle pour les décennies à venir.

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