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Déborah St-Victor : L’ascension d’une journaliste multi-plateforme

Aujourd’hui, le métier de journaliste est en pleine mutation : baisse des auditoires, fragmentation du marché publicitaire, compétition des influenceurs et crise de confiance envers les médias. Malgré toutes ces difficultés, les facultés de communication continuent de former des cohortes de nouveaux étudiants en journalisme, qui ont la foi.

Déborah St-Victor a été une de ces étudiantes au parcours atypique. Aujourd’hui, journaliste multi-plateforme à Radio-Canada Sudbury, elle a travaillé fort pour faire sa place dans un marché du travail complexe. Histoire d’une battante qui a su trouver sa voie, malgré les embûches.

Le fil conducteur de l’écriture

Après avoir été secrétaire médicale pendant plusieurs années, Déborah St-Victor est passée aux communications, à la faculté de médecine de l’Université de Montréal. C’est là qu’elle a décidé de rêver et de laisser de la place à sa véritable passion, l’écriture. Autrice, elle a publié son 1er roman en 2018, un récit autobiographique. Cela semble avoir été l’étincelle qui a servi de moteur à son développement professionnel.

Elle est inspirée par sa grand-mère, qui disait que « l’eau stagnante pue », métaphore pour « montrer que dans la vie, il faut progresser, il faut aller de l’avant », et c’est ce qu’elle a fait.

En 2019, elle s’inscrit au certificat en rédaction professionnelle, où elle fera des portraits inspirants d’étudiants en médecine issus de la communauté noire. Elle souhaite montrer des modèles et stimuler l’idéal des jeunes de sa communauté.

C’est le début d’une forme d’écriture engagée qui prépare le terrain à son 2e certificat, en journalisme. Soutenue par son professeur Luc Panneton et sa patronne, elle a su allier ses études et son travail pour déployer son talent en réalisant ces fameux portraits révélateurs.

Progression rapide

Elle fera 5 cours durant sa 1re année au certificat en journalisme, en 2022. Durant ce temps, les étudiants sont conviés à des événements d’employabilité, dont Synergie, où des rencontres sont organisées avec les gestionnaires de Radio-Canada afin de mettre de l’avant les candidats issus de la diversité. Selon Déborah, « on leur donne la chance de se vendre et de proposer leurs services…ce n’est pas tout le monde qui est retenu…mais moi, j’ai eu cette chance-là, de poursuivre ma carrière à Radio-Canada. »

Donc, après 5 cours, sa candidature est retenue pour le programme reporter multi-plateforme, et elle s’en va pour 5 semaines à Régina, suivre le volet théorique de son stage, en janvier 2023. Elle laisse sa sécurité, un emploi stable, famille et amie, pour suivre son rêve de travailler en journalisme. Par la suite, elle aura 10 semaines de stage pratique sur le terrain, durant lesquelles on peut l’envoyer n’importe où, au Canada. Sa station d’accueil sera Toronto.

Ces stages, théoriques et pratiques, sont payés environ 30$ de l’heure. À la fin des stages, 3 scénarios sont possibles : ça s’est très bien passé et l’on te garde, sinon, tu as eu de la misère et l’on te propose une autre station dans une autre région, ou encore c’était trop difficile et on met fin au contrat. « On avait décidé de me garder parce que ça avait bien été ». Elle sera à Toronto jusqu’en mai 2024, puis on l’enverra à Sudbury, dans le nord de l’Ontario, où elle est encore aujourd’hui.

La vraie vie sur le terrain

Depuis 2 ans, elle a fait de nombreux apprentissages. Tout d’abord, elle améliore son anglais. Même si elle travaille pour une chaîne francophone, les entrevues sont souvent en anglais, donc, elle est constamment sollicitée dans les 2 langues. Ensuite, elle prend ses repères à Toronto puis à Sudbury, qu’elle ne connaît pas, ce qui occasionne des délais et l’apprentissage d’une autre culture. Bref, elle devient traductrice, malgré elle.

Elle vit aussi de l’éloignement avec ses proches, car Sudbury est à 9 h d’auto, de Montréal. Elle fait le voyage en avion, par train ou en autobus, pas assez souvent à son goût, car elle a un poste de week-end. Elle travaille toujours samedi et dimanche, et a 2 jours de congé durant la semaine.

Cette situation représente un certain déracinement, mais elle dit y être habituée : « j’ai fait de l’humanitaire pendant des années. Oui, j’ai quitté le Canada en 2004, j’ai été faire du travail social en Haïti, je suis revenue après le tremblement de terre en 2011. Donc, ce n’était pas étranger pour moi de quitter mon confort, ma famille, mes amies pour une longue période de temps ».

Avec le recul, durant notre discussion, elle réalise que toutes ses expériences l’ont amenée à développer les compétences adaptées à son travail de reporter multi-plateforme. Elle semble être à la bonne place, au bon moment de son histoire personnelle. Pour la suite des choses, afin d’éviter la stagnation, elle souhaite faire le certificat en coopération internationale, pour terminer son bac en communication, à temps partiel, durant ses temps libres.

Défis professionnels

Son statut de reporter multi-plateforme l’amène à travailler sur le web, à la radio et à la télé. Avec le temps, son équipe a appris à la connaître : « ma force, je suis quelqu’un qui aime prendre un petit peu plus son temps pour aller au fond des choses ». Elle ajoute « moi, quand je faisais le quotidien, j’étais très malheureuse ». Elle trouvait difficile de tout faire vite. Par exemple, aller à une conférence de presse à 10 h et être revenue pour midi, afin de donner son contenu à la radio pour 13h30. Bien sûr, elle fait parfois du direct le week-end, mais elle apprécie aussi travailler sur un horizon de 48-72 h pour aller plus en profondeur. Elle aime l’alternance entre les 2 styles.

De plus, elle a réalisé qu’il faut trouver le type de journalisme qui nous convient, il faut trouver sa voie. Elle aime travailler avec différents intervenants, être en contact avec des gens. Bien sûr, l’écriture demeure son « dada », comme elle le dit, mais elle apprécie parfois, aller à la radio discuter de ses sujets dans des converses avec les animateurs.

À ses débuts, elle avoue avoir eu beaucoup de problèmes avec la télévision. Elle trouvait difficile de subir le jugement des gens sur son image. Elle dit avoir consulté quelqu’un d’expérience pour l’aider à identifier ses difficultés. Elle en a conclu qu’elle se sentait déstabilisée d’être seule devant une caméra, sans contact avec d’autres personnes. Elle a eu de grandes remises en question, mais elle semble avoir accepté son côté plus relationnel et elle comprend mieux ses limites, aujourd’hui.

Vision du métier et inspirations

En cette période de transformations journalistiques, Déborah comprend que les gens s’informent différemment. « Les jeunes d’aujourd’hui sont sur leur cellulaire. Ils ne regardent pas beaucoup le téléjournal ». Il faut adapter la nouvelle aux habitudes des gens, en allant sur TikTok, les formats web plus courts, « donner plus d’informations dans moins de temps ». 

Elle sait que le marché du travail est fragile en journalisme, mais elle fait ce qu’elle aime et se considère privilégiée d’avoir un poste à Radio-Canada. Comme elle dit : « c’est sûr que je vais toujours continuer à écrire ».

Déborah insiste sur l’importance d’avoir des mentors. Durant ses études, elle a eu des professeurs bienveillants qui l’ont aidée à se développer. Elle en cite quelques-uns, les professeurs Luc Paneton, André Parent et Bernard Faucher. Selon elle, « chaque étape que j’ai franchie, ils m’accompagnaient en pensée ou en action. Il faut avoir des alliés pour nous donner des conseils ». Encore sur le marché du travail, elle n’hésite pas à demander conseil à des mentors de Régina ou de son milieu de travail.

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