Jean-Louis Aubut
La Presse+ ne fait que commencer à en mettre plein la vue à ses lecteurs grâce à sa plate-forme digitale novatrice. À partir de janvier 2016, le vrai défi va commencer.

Au Québec, la presse papier est en déclin. Le développement technologique ne sait pas s’arrêter, de nouveaux supports émergent de façon fulgurante. Dans quelques semaines, le journal La Presse sera remplacé par le nouveau support médiatique La Presse+ que l’on peut déjà consulter grâce à une application pour tablettes -iPad ou Androïde- avec un contenu entièrement gratuit pour son lecteur. Un modèle audacieux et novateur qui mise sur l’élargissement de son audience grâce à son accessibilité sans frais. «Je crois fermement, mentionne Guy Crevier, que le phénomène de la gratuité est irréversible, surtout chez les jeunes.» C’est pourquoi, à partir du 1er janvier 2016, seule La Presse du samedi continuera d’être publiée en format papier.
Séduire le plus grand nombre
« C’est un projet dirigé par Guy Crevier président de La Presse au début 2010 », rappelle Caroline Jamet, Vice-présidente des communications à La Presse+. « L’idée était, pour nous, de changer le modèle d’affaire de La Presse pour l’adapter aux nouvelles habitudes de consommation et d’information de notre lectorat. » Les jeunes ont des habitudes de lecture différentes. « En regardant vers l’avenir », poursuit Mme Jamet, « on se disait : il faut peut-être adapter ce que l’on fait à une nouvelle technologie. Jamais, dans l’histoire de l’humanité, les gens n’ont consommé autant d’information. Donc, ce n’est pas une question de pertinence, c’est une question de format, une question de médium. Les gens ont besoin d’interactivité, de mobilité, ils veulent des vidéos. Il y a plusieurs manières de raconter la nouvelle et un support papier était essentiellement noir et blanc, avec deux dimensions, sans interactivité et sans multimédia. On voyait qu’il fallait, si on voulait passer dans l’avenir, regarder d’autres façons, peut-être, de pouvoir présenter notre information. Et c’est ce que nous avons fait. »
La philosophie de la page blanche
« Nous sommes partis avec une philosophie de page blanche pour inventer ce nouveau média tout en gardant l’ADN de La Presse, donc toutes les connaissances, la richesse, l’expérience, l’expertise des 130 ans de La Presse », explique Mme Jamet. « Alors ça a été un grand chantier, un travail d’équipe qui a été mis sur pied. On a embauché. Lorsque nous avons lancé La Presse+, nous avons ajouté un étage complet réservé à l’équipe technologique, formé des employés à l’interne, un changement culturel important s’est imposé pour que le virage technologique soit bien ancré. » En somme, la nouvelle plate-forme La Presse+ a créé des emplois en formule hybride. Cependant, il y aura des licenciements puisque La Presse papier s’envolera.
Comment ça fonctionne?
« Honnêtement, c’est l’accessibilité », souligne Nicolas Brochcar, directeur de restauration. « Ça se télécharge sur la tablette durant la nuit. Et je peux la lire n’importe où, en transport en commun, au travail, etc. » D’ailleurs, Anne Pélouas, journaliste au quotidien Le Monde, résume très bien la fonctionnalité de la tablette : « De la une, le doigt glisse à droite pour accéder aux rubriques, puis de haut en bas pour entrer dans des onglets selon la profondeur de l’information recherchée : deux doigts écartés donnent plein écran aux textes, photos ou vidéos qui se réduisent en fermant les doigts. Les textes se déroulent comme des papyrus. Des boîtes s’ouvrent sur des synthèses en chiffres, un résumé d’éléments cruciaux, un graphique. Un clic sur l’icône d’antenne et vous passez en mode infos en continu.»
C’est l’ère de la communication immatérielle. L’élite se félicite de son implication en matière environnementale, car elle éliminera le papier qui pollue tant notre planète. L’avenir est incertain, quel sera le prochain support médiatique qui succédera à La Presse+?