Par Mateo Delattre, Gérard Gagné et Paul Ambroise

La radio étudiante de l’Université de Montréal (UdeM), CISM, forme depuis 35 ans la relève journalistique, et constitue une tribune pour “la marge” culturelle québécoise. Découverte le temps d’un après-midi avec son équipe dans ses studios, entre archives et émissions en direct.
Il est 13h30, et comme tous les mardis, les membres de la direction se rencontrent pour discuter de la programmation et des questions stratégiques.

La radio n’emploie que neuf personnes. Le reste des opérations, comme l’animation des émissions ou les reportages, sont réalisés par des bénévoles, souvent des étudiants.
CISM vient ici de terminer sa première levée de fonds en 24 ans. C’est un succès : l’objectif financier de 10 000 dollars a été atteint à presque 150%, et a permis d’équilibrer son budget pour l’année.
La direction souhaite maintenant l’annualiser comme le fait la radio étudiante de l’Université McGill, CKUT, chaque année depuis ses débuts. « La philanthropie est plus implantée dans le milieu anglophone » explique Etienne Dubuc, directeur général de CISM.
Les principales autres sources de revenus pour la radio étudiante restent les cotisations étudiantes et la publicité, qui, elle, rapporte plus de 100 000 dollars à CISM chaque année.
Une mémoire en images et en sons


Étienne Dubuc (à gauche) présente le mur de polaroids de l’émission « Session live ». Photos : Paul Ambroise
Étienne Dubuc, occupe le poste de directeur général de CISM depuis 2023, mais il est lui-même engagé au sein de la radio étudiante depuis 2011.
Il nous présente le mur de polaroids, témoin des artistes venus jouer en direct à l’émission « Session live » depuis 2015. Selon lui, l’émission fait figure de référence dans le monde culturel alternatif québécois et montréalais : elle est diffusée chaque jeudi sur les ondes de 19h à 20h depuis 20 ans.


Photos : Paul Ambroise
Mémoire vivante de la radio, sa discothèque de CISM regroupe des centaines de CD accumulés avant la numérisation des titres en 2010. Ils constituent des milliers d’heures d’écoute qui ont rythmées la vie de la station depuis ses débuts le 14 mars 1991.
Au centre de l’étagère trône le CD de MC Gilles, de son vrai nom Dave-Éric Ouellet, figure mythique de la station. Il s’est engagé au 89.3 FM entre 2000 et 2005. C’est ici qu’il a créé son personnage pour pouvoir animer ses émissions et qu’il s’est fait connaître.
Petite équipe, grand rayonnement


Guillaume Faucher assis à son bureau. Photo : Paul Ambroise
L’équipe de CISM à l’ouvrage, sous les prix de l’ADISQ remportés au fil des années.
Guillaume Faucher est directeur de la programmation. Il agit comme la tour de contrôle de ce qu’entendent les 60 à 80 000 auditeurs qui se branchent chaque semaine sur le 89.3 FM.
L’équipe permanente travaille généralement sans bureau attitré. Ce qui ne l’a pas empêchée de remporter 11 fois le prix des rencontres de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) dans la catégorie « Radio universitaire et collégiales de l’année » depuis 2009.


Photo Gérard Gagné
Photo : Paul Ambroise
Elle a également remporté six fois les prix du Gala alternatif de la musique indépendante du Québec (GAMIQ), dans les catégories « Meilleure station de radio universitaire et collégiale » ou « Média de l’année ».
Ces prix témoignent de « l’appréciation [des GAMIQ] pour l’attention que porte CISM à la marge culturelle », soutient Étienne Dubuc.
Le directeur de la programmation est catégorique : l’impact que peuvent avoir les radios étudiantes comme CISM, est double. Son premier objectif est de « former la relève médiatique », le second est de “mettre en avant des projets de la marge”, qui seraient absents ailleurs.

Certains des grands noms du journalisme québécois ont d’ailleurs fait leurs armes à CISM, rappelle-t-il. Patrice Roy, l’un des cofondateurs de la radio étudiante, et bien Julia Pagé, visage de la nouvelle génération des journalistes de Radio-Canada, en sont des exemples.

Des t-shirts floqués du logo de la station côtoient les nombreuses affiches des artistes passés par les studios de CISM sur la montagne ces dernières années. Tout à gauche, celle du groupe “Angine de Poitrine”, désormais de renommée mondiale.
Passer à CISM, et y rester

Oliver Vinette est bénévole à CISM depuis ses années d’étudiant au Baccalauréat en communication politique à l’UdeM, il y a 20 ans. Il y anime encore deux émissions : “L’alter ego” depuis 2006, et “À la bonne heure” depuis 2010.
Olivier Vinette coanimait l’émission “Les alter ego” avec Miriane Bouthillier (ci-dessous à gauche dans les studios de CISM en 2010), avant que l’émission ne devienne “L’alter ego” quand Miriane est devenue avocate à plein temps.


Photo : Gérard Gagné
Oliver Vinette dans les studios de CISM, en 2010
Selon ce grand bénévole, l’impact des médias étudiants n’est pas à négliger. Ils constituent des “incubateurs à la fois d’informations [sur ce qu’il se passe, et ce qu’il faut suivre] et de talents” pour les grands médias. “Il y a tellement de gens que j’ai côtoyé que je vois maintenant à la télé”, insiste-t-il.













