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Entre accueil et incertitude : le statut fragile des Ukrainiens à Montréal

Un drapeau ukrainien portant le Tryzub, symbole de la souveraineté ukrainienne, accroché à une voiture garée devant l’église ukrainienne de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie à Montréal. Crédit : Pema Tournadre. 

Leur statut n’a jamais été pensé pour durer. À Montréal, des Ukrainiens arrivés après février 2022 voient leur visa d’urgence approcher de l’échéance, tandis que les passerelles vers la résidence permanente se raréfient. En toile de fond : les tensions Québec–Canada sur les seuils d’immigration, qui assombrissent encore leurs perspectives.

« On commence toutes nos journées en regardant les informations. Je vérifie si ma tante a été bombardée, si elle est encore en vie. C’est ça, le quotidien des Ukrainiens aujourd’hui », raconte Yuliya Stroy, mère ukrainienne de deux enfants, arrivée au Canada en 2022. « On n’attend pas seulement des papiers, on espère que personne ne meurt, jour après jour. »

Une intégration suspendue

Les Ukrainiens arrivés au Canada depuis le début de la guerre, le 24 février 2022, ont bénéficié d’un statut temporaire grâce à l’Autorisation de voyage d’urgence Canada‑Ukraine (AVUCU). Ce programme de visa temporaire a été accessible jusqu’en juillet 2023. 

Environ 30 000 personnes sur les 300 000 titulaires de ce statut temporaire se sont installées au Québec entre 2022 et 2024. Pour beaucoup, l’espoir d’une intégration durable s’amenuise. En cause : des ajustements successifs aux politiques d’immigration, au Québec comme au Canada, annoncés en 2025, qui ont resserré l’accès à la résidence permanente.

Anna Mihunova, exilée ukrainienne de 24 ans, est arrivée en urgence en juin 2022 depuis Kharkiv, ville située sur la ligne de front à l’est du pays. Crédit : Mateo Delattre.

« Après trois ans d’épreuves et d’efforts, tout est en train de s’écrouler », déplore Anna Mihunova, ukrainienne de 24 ans, arrivée en 2022. « Mes amis quittent Montréal pour s’installer en région afin de maximiser leurs chances d’obtenir la résidence permanente. C’est difficile, car ils avaient déjà commencé à bâtir leur nouvelle vie ici », fait-elle valoir. 

Selon Adèle Garnier, experte en dynamiques migratoires et professeure agrégée à l’Université Laval, le gouvernement du Canada n’a jamais prévu de voie d’accès permanente spécifique pour les Ukrainiens. Résultat : d’ici 2027, des centaines de milliers d’entre eux pourraient encore vivre dans un flou administratif. Elle souligne que cette incertitude pèse sur le quotidien : sans perspective de statut à long terme, la pression psychologique peut devenir lourde. 

« Ce n’est pas facile de vivre sans savoir si on reste ou pas. Et si on ne reste pas, on fait quoi ? » s’interroge Yuliya.

Mobilisation politique

Yvan Baker, député libéral d’Etobicoke–Centre en Ontario, parraine la pétition e‑6866. Celle-ci demande au gouvernement fédéral de créer une voie spéciale et accélérée vers la résidence permanente pour toutes les personnes arrivées d’un pays en guerre sous un statut d’urgence temporaire.

Au 1er février, la pétition comptait près de 44 600 signatures. Il suffit de 500 signatures pour qu’elle puisse être présentée officiellement à la Chambre des communes.

Selon lui, les programmes actuels de résidence permanente ne reconnaissent pas à leur juste valeur les contributions économiques des personnes arrivées sous les programmes d’immigration d’urgence temporaire. « Cette situation rend la vie pénible pour ces personnes, mais elle représente également une perte économique majeure pour le Canada. »

Le député Baker demeure prudent quant aux chances réelles de voir cette revendication se concrétiser sur le plan politique, mais il tient à rassurer. « Toutes les personnes défendues par cette pétition se trouvent déjà au Canada et ne peuvent être renvoyées chez elles. Nous n’allons pas renvoyer les Ukrainiens en Ukraine », affirme-t-il.

De son côté, Anna continue de croire en son avenir au Québec et se dit prête à affronter les nouvelles mesures requises avec détermination. Elle a récemment été embauchée comme gestionnaire de programmes académiques à l’Université McGill et espère, un jour, renouer avec sa vie d’artiste-chanteuse laissée derrière elle. « Je vais continuer à apprendre le français – c’est le plus important – puis je vais poursuivre mon travail à McGill », annonce-t-elle avec enthousiasme.

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