Pourquoi la cyberinfidélité parvient-elle à toucher les couples ?

Par Déborah St-Victor

Internet demeure l’une des plus grandes innovations technologiques du 21ème siècle dont l’utilisation évolue sans cesse. Nul besoin d’envoyer une lettre par la poste à un ami éloigné, car Internet permet de se retrouver même lorsque la distance sépare les proches. Cependant, son usage pousse aussi certains internautes à créer un échange virtuel émotionnel ou érotique bien qu’ils se trouvent déjà engagés dans une relation. On peut donc se poser la question suivante : pourquoi la cyberinfidélité parvient-elle à atteindre les couples ? Le névrosisme et l’insatisfaction sexuelle seraient à l’origine de ce phénomène.

Une caractéristique des infidèles du web

Le névrosisme est un trait de personnalité particulièrement lié à un comportement infidèle sur Internet. Une personne ayant un névrosisme important est plus encline à la colère, à l’anxiété ou encore à la dépression. On dit de ces individus hypernerveux qu’ils souffrent de troubles émotionnels et qu’ils ont une image négative d’eux-mêmes. D’ailleurs, une étude de 2010 menée par Correa Hinsley et Zúñiga indique que plus ils affichent un taux élevé d’anxiété, plus ils consacrent de temps aux sites de socialisation virtuelle. En effet, cette perception négative qu’ils ont d’eux-mêmes et leur préoccupation exagérée pour l’impression qu’ils font sur autrui les poussent à se mettre en valeur auprès de leurs pairs. Ils passent ainsi plus de temps sur des sites de socialisation virtuelle et publient en ligne des informations privées les concernant et une panoplie de photos d’eux.

La cyberinfidélité (source: Pixabay).

Considérant les problèmes engendrés par cette utilisation intensive d’Internet, une étude de 2008 menée par Butt et Phillips démontre que 31,4 % des participants ayant des traits névrotiques se disputent violemment à cause des réactions négatives suscitées chez leur partenaire qui se sent délaissé. Vu ces conflits fréquents, ces internautes deviennent alors moins satisfaits de leur vie conjugale. Ils sont donc plus à enclins à développer une liaison virtuelle, car ils cherchent à faire de nouvelles rencontres amoureuses pour combler le malaise ressenti dans leur tête et dans leur foyer. Ainsi, une personne avec des traits névrotiques est sujette à faire une utilisation abusive des réseaux sociaux. Non seulement cette utilisation excessive provoque des tensions dans le couple, mais elle ouvre aussi la porte à la cyberinfidélité.

L’insatisfaction sexuelle et la liaison extraconjugale

Le lien de causalité entre l’insatisfaction sexuelle et la liaison extraconjugale virtuelle se démontre également par de nombreuses études. En effet, le plaisir sexuel est évalué en fonction de la fréquence et de la variété des activités sensuelles ou érotiques avec son partenaire. Donc, un internaute ennuyé de ses ébats amoureux utilise plus intensément les sites de socialisation pour nourrir son impulsivité sexuelle.

D’ailleurs, le sociologue Shanyang Zhao le souligne dans son livre Computers in human behavior : « le caractère anonyme d’Internet peut être une porte d’entrée qui expliquerait l’adoption de comportements sociaux que

La cyberinfidélité (source: Pixabay).

certains individus s’interdiraient en face à face ». Parmi ces conduites reprochables figurent le fait de regarder une autre personne que son partenaire se caresser pour se stimuler sexuellement, l’échange de « sextos » ou encore l’envoi de photos indésirables à un(e) autre de manière à briser l’exclusivité du couple. Bref, comme le révèlent plusieurs études, Internet est un outil qui permet d’assouvir certains besoins sexuels sans engagement.

Les faits prouvent que la cyberinfidélité prend de plus en plus d’ampleur sur Internet et pour cause : le névrosisme et l’insatisfaction sexuelle poussent les internautes à utiliser les réseaux sociaux comme un moyen de distraction à l’égard des différents problèmes vécus. Par le fait même, cette utilisation intensive provoque des conflits conjugaux et encourage des comportements sexuels virtuels qui menacent la dynamique du couple. Reste qu’il est intéressant de savoir que des thérapeutes de différentes orientations travaillent ensemble afin d’établir des règles claires sur l’utilisation des sites de socialisation virtuelle et une définition commune de ce que constitue l’exclusivité sexuelle.

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