Paramédics d’Urgences-santé : les intervenants oubliés et sous-payés

Par Martine Dubois

Fatigués, irrités et craignant contaminer leurs proches, ils sont à bout de souffle pendant que le risque d’une 4e vague se pointe. Bien qu’ils soient mieux préparés, ils espèrent impatiemment le retour à la normale, affirme une paramédic qui a demandé de garder l’anonymat.

« Y a-t-il quelqu’un de plus au front que nous ? ajoute-t-elle. On rentre chez la personne, on rentre dans la vie privée des gens et nous ne savons même pas si la personne a la COVID.  On donne des soins durant le trajet et on ne sait même pas si la personne est contaminée. »

Face aux policiers et aux pompiers, les paramédics attirent moins l’attention du public que les 2 autres corps de métier, précise-t-elle.

Le sentiment d’être négligés, ils l’éprouvent aussi face à l’ensemble des intervenants du milieu de la santé, indique-t-elle. Elle explique que la faible couverture médiatique sur le travail des ambulanciers est l’une des raisons qui fait en sorte que le public ne leur accorde pas la reconnaissance qu’ils espèrent.

Retard salarial

Le salaire moyen d’un ambulancier au Canada est de 33 $/heure. Au Québec, il se situe 4 $ sous la moyenne nationale. Les paramédics du Québec se classent au 8e rang des 10 provinces canadiennes une fois le dernier échelon salarial atteint, tel qu’il est permis de l’apprendre sur le site du Guichet d’emploi du gouvernement du Canada (GEGC) au 26 mai 2021.

Lorsque les paramédics atteignent ce dernier échelon, l’écart salarial est encore plus élevé : les paramédics ontariens touchent près de 9 $/heure de plus que leurs collègues du Québec. Ceux de l’Alberta touchent près de 13 $/heure de plus qu’au Québec (GEGC).

Selon Stéphane Smith, chef de service et porte-parole d’Urgences-santé, des négociations sont en cours et devraient se conclure avec une augmentation salariale.

La paramédic et ses collègues avaient d’ailleurs très mal accueilli l’annonce du gouvernement du Québec qui accordait une prime de 8 % au personnel soignant de 1re ligne en avril 2020, prime qui ne visait pas les paramédics (Radio-Canada, 2 avril 2020).

La colère des membres avait amené la haute direction à réagir auprès du gouvernement afin que les paramédics puissent aussi en bénéficier, indique Stéphane Smith, ce à quoi le gouvernement Legault avait rapidement consenti (Journal de Québec, 5 avril 2020). « Ce n’est pas une question d’argent, mais bien de considération », ajoute la paramédic.

Difficultés rencontrées

La COVID-19 a amené son lot de problèmes. La paramédic indique qu’ils doivent parfois attendre au triage pendant 1 heure une fois qu’ils arrivent à l’urgence avec un patient. Et ce, pour les raisons suivantes :

  • Manque de personnel dans les hôpitaux ;
  • Respect des différentes zones de couleurs selon que le patient soit possiblement infecté ou non.

Ensuite, ils doivent décontaminer l’ambulance à la fin de chaque intervention dans le but de protéger le prochain patient contre toute contamination. « Au bout de tout ça, on a passé près de 3 heures habillés (équipement de protection) à suer et à avoir chaud », explique-t-elle.

Stéphane Smith insiste sur l’importance de protéger les paramédics. Ces derniers doivent être bien vêtus afin d’éviter toute contamination. Pour y arriver, ils doivent porter une jaquette, des lunettes, des masques, une visière et des gants.

Photo prise dans l’industrie médicale. Crédit : Feverpitched, iStock, 25 mars 2020.

Santé publique : confusion

La Santé publique nous informait rapidement de tout nouveau protocole, mais puisqu’ils changeaient souvent, « nous étions tous mêlés », confie la paramédic tout en expliquant qu’il fallait les lire et les maîtriser chaque fois.

Elle ajoute que la formation était déficiente. Les paramédics n’ont pas eu le temps de mettre en pratique les protocoles d’une façon sécuritaire, notamment afin de ne pas se contaminer soi-même : « Certains ont même dû recevoir des conseils du personnel soignant des hôpitaux. »

Pour sa part, Stéphane Smith prétend que la formation est adéquate puisque les paramédics savaient déjà comment se protéger : « On n’envoyait pas les gens sur la route sans s’assurer qu’ils comprennent bien la formation », affirme-t-il.

Il ajoute que des « briefings » avaient lieu tous les 2 jours et ensuite à tous les jours afin d’informer le personnel. Plusieurs aménagements ont aussi été mis en place pour que les paramédics puissent se reposer et s’alimenter en toute sécurité.

Nombre d’interventions

Les paramédics d’Urgences-santé ont transporté près de 26 000 personnes suspectées être atteintes de la COVID-19 entre mars 2020 et février 2021 (Communiqué de presse d’Urgences-santé, 11 mars 2021).

112 ambulances desservent Montréal et Laval durant le quart de jour ; ce nombre diminue le soir et la nuit. Normalement, Urgences-santé reçoit entre 900 et 1000 appels par 24 heures. La pandémie n’a pas nécessairement augmenté le nombre d’interventions, mais plutôt le temps de prise en charge pour chacune d’entre elles, précise Stéphane Smith.

 

 

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