Nadège Zanré : quand les rêves d’enfant deviennent réalité

Par Déborah St-Victor

Portrait 2 du Mois de l’histoire des Noirs par Déborah St-Victor 

Belgique 2001. Nadège Zanré est assise dans le bureau de son pédiatre. La petite burkinabée de 7 ans ne dit rien, mais elle sent la main de sa mère se crisper dans la sienne. Sa mère est si anxieuse… mais les paroles du pédiatre la calment. Les doigts de sa maman se relâchent tranquillement. Nadège fixe son regard sur le docteur, émerveillée par la façon dont il l’a rassurée en quelques mots seulement. C’est à ce moment que la petite fille décide — dans son for intérieur — qu’elle sera un jour médecin. Aujourd’hui, Nadège est médecin résidente en deuxième année de spécialisation en obstétrique et en gynécologie à l’Université de Montréal.

Nadège Zanré: future gynécologue (source: Faculté de médecine, UdeM)

Du Burkina Faso au Canada, en passant par la Belgique, son parcours scolaire s’avère impressionnant. Il se démarque notamment par ses réalisations. Nadège a été sélectionnée comme lauréate de la Bourse d’excellence du comité équité et diversité de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. Elle a aussi été privilégiée de trouver des stages internationaux professionnellement enrichissants.

Un premier, en Tanzanie. Un deuxième au Congo où elle a eu l’honneur de rencontrer le gynécologue congolais, le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018. Il est un autre visage inspirant du domaine de la santé pour la communauté noire. Dr Mukwege a déployé des efforts soutenus afin de prendre en charge les femmes victimes de violences sexuelles au Congo et de mettre en lumière les atrocités vécues par celles-ci.

«Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson à sa capacité de grimper à un arbre, il vivra toute sa vie en croyant qu’il est stupide.»

Nadège exhorte les jeunes à croire en leurs capacités, inspirée par sa citation favorite, celle d’Albert Einstein. À force de critiquer le poisson en soi, celui qui n’arrive pas à grimper à l’arbre se prive souvent de valoriser ses forces.

Une étude de 2016 de Statistique Canada démontre que même si 94 % des jeunes noirs de 15 à 25 ans ont déclaré qu’ils aimeraient obtenir un diplôme universitaire, seulement 60 % croyaient être en mesure d’en obtenir un. Un sentiment d’incompétence en est parfois la cause. Les pressions raciales, les inégalités sociales et le manque de représentativité constituent aussi un défi de taille tout au long de leur parcours scolaire.

Nadège se souvient encore de cette journée, dans la salle d’attente, où elle était la seule candidate noire pour son entrevue d’admission en médecine. «Quand j’étais en première année de médecine, dit-elle, nous n’étions que six étudiants noirs sur 300. Ça m’a un peu choquée.» En effet, seulement 1,5 % à 3 % des étudiants en médecine sont noirs, signale le Dr Jean-Michel Leduc, professeur et chercheur au Département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l’Université de Montréal.

Pour la future gynécologue, il est d’autant plus important d’améliorer la représentation des jeunes noirs dans le programme de médecine, car des préjugés privent les Noirs de soins.

«Certaines pathologies touchent davantage les personnes noires, dit M. Édouard Kouassi, président de l’Association médicale des personnes de race noire du Québec (AMPRNQ) et aussi membre du comité équité et diversité de la Faculté de médecine. Une diversité d’étudiants va amener une diversité des connaissances qui sont partagées en classe, ce qui va bénéficier à tous ces futurs médecins.»

Une situation qui a profondément touché Nadège est celle où une patiente haïtienne a fondu en larmes dès qu’elle a appris qu’il y aurait un médecin qui lui ressemble présent dans la salle pour sa césarienne.

Nadège Zanré (source: Faculté de médecine, UdeM)

À 28 ans, Nadège Zanré, qui est de toute évidence promise à un bel avenir, rappelle aux étudiants que la principale motivation personnelle vient de l’intérieur de soi.

«Il n’y a pas d’hommes incapables », dit le proverbe burkinabé. Si un jeune, peu importe son origine ou sa couleur de peau, aspire à étudier dans un domaine en sciences de la santé, il le peut assurément.

Nadège est une preuve vivante que l’identification des jeunes noirs aux professionnels de leur communauté permet d’orienter un parcours scolaire vers la réussite dans un des domaines des sciences de la santé au Québec. Sa conviction inébranlable qu’elle exprime haut et fort : «Ne laissez personne vous faire croire le contraire. Ne donnez le pouvoir à personne de tuer votre rêve. Les comportements et les commentaires discriminatoires ne définissent pas vos capacités intellectuelles. Ils sont, d’ailleurs, à dénoncer.»

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