Un écran de fumée

Le Canada est connu internationalement, entre autres pour être un pays ouvert sur le monde. L’accueil des réfugiés syriens en est la preuve la plus récente. Mais la question des autochtones et la reconnaissance des diplômes étrangers nous fait douter quant à cette ouverture.

Le PM Justin Trudeau prononce un discours à l’Assemblée spéciale des chefs de l'APN
source: Cabinet du premier ministre

Pour bien comprendre, considérons l’enjeu autochtone. C’est un peuple qui habite au Canada depuis bien plus longtemps que n’importe qui, et regardez comment notre société le traite! Par exemple, la réserve ontarienne de Neskantaga n’a pas d’eau potable depuis … 20 ans. Comment se fait-il qu’on en ait à peine parlé durant la dernière campagne fédérale? On ne veut tout simplement pas voir cette réalité. Plusieurs médias devraient couvrir de telles tragédies, pas seulement pendant une élection, car plus vous laissez pourrir un problème, plus il sera difficile de le ramasser.

Vous croyez réellement que l’on accepterait qu’une situation similaire se déroule pendant 20 ans dans une ville de blancs comme Rimouski ou Kingston? C’est du racisme par négligence. C’est une HONTE! Il ne faut pas se laisser aveugler par ce que nos gouverneurs font pour l’accueil des réfugiés syriens. Ces derniers ont besoin d’aide, bien entendu. Mais on ouvre les portes à des gens d’un autre pays et on ne fait pas de même pour les autochtones! Imaginez comment les autochtones se sentent lorsqu’ils voient cela. Ils sont oubliés par la société. Et pour enfoncer le clou, on appelle bien sûr les médias, on prend des photos d’expatriés avec des élus pour se taper sur l’épaule, se dire qu’on a fait un beau geste et qu’on peut aller au dodo le soir sans difficulté.

Oh, mais je peux déjà prédire la réponse de certains à l’attitude bougonne : les autochtones ne payent pas de taxes. Ah bon? Parce que ça, ça réglera de façon magique tous leurs problèmes? Et là, on ne parle que de la question de l’eau potable. N’importe quelle personne qui se renseigne verra que ces prélèvements ne s’appliquent que dans le cas d’une consommation. Si vous n’avez pas d’argent, on aura beau vous éliminer les taxes, vous n’aurez pas plus de moyens financiers pour vous sortir de la misère. Quant aux impôts, l’idée que ces communautés n’en payent pas est aussi fausse. Allez consulter les documents du Ministère des Affaires autochtones et du Nord Canada. Alors avant de donner des leçons aux Américains sur l’enjeu de l’immigration, nous devrions nous regarder dans le miroir comme société et nous réveiller, car nous sommes loin d’être un modèle d’accueil.

De plus, il faut analyser toute la question de la reconnaissance des diplômes étrangers. Ça fait des années que ce dossier traîne, que plusieurs élus nous disent que c’est une « priorité » (c’est leur réponse passe-partout pour noyer le poisson) et pourtant, on a l’impression d’être encore à la case départ. Vous ne me croyez pas? Parlez avec des chauffeurs de taxi à Montréal, avec des nouveaux arrivants qui font des années d’études pour un diplôme qu’ils ont déjà obtenu dans leur pays d’origine. Permettez-moi de clarifier : les équivalences sont normales. Ce qui ne l’est pas est de devoir-pratiquement-refaire-un-diplôme-intégralement! À une époque où notre système de santé a besoin cruellement de médecins et d’infirmières, il n’est pas logique de mettre autant de barrières pour des personnes qualifiées pouvant contribuer à aider une population vieillissante. Ça ne sonne pas exactement comme une société d’ouverture…

En fin de compte, on ne peut pas dire que le Canada est accueillant comme beaucoup de gens le pensent.  Avec la façon dont notre gouvernement traite les autochtones et le manque de volonté à résoudre le problème de la reconnaissance des diplômes étrangers, nous avons beaucoup de travail à faire pour redonner à notre pays une crédibilité inébranlable sur cette question.

Par Philippe Haese

 

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