Ratko Mladic: héros national ou criminel de guerre?

Par Lela Savic

Le 22 novembre dernier, l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic a été condamné à perpétuité par le Tribunal pénal international pour crimes contre l’humanité et génocide, durant la guerre de Bosnie. L’homme qui a dirigé l’armée qui a tué 8000 hommes et garçons bosniaques à Srebrenica est surnommé le Boucher des Balkans. À Montréal, la communauté serbe le perçoit d’un autre œil.

Branka Telebak est serbe de Bosnie. Elle a fui la guerre et s’est réfugiée au Canada en 1992. Pour elle, Ratko Mladic est un héros, car il a protégé son peuple. Sa condamnation lui fait mal, dit-elle.

« Quand j’étais là-bas, je ne voyais pas les Serbes comme des agresseurs. On se protégeait, on défendait nos familles, et c’est comme ça que j’ai aperçu Ratko Mladic aussi ».

Selon elle, il faut mettre le massacre de Srebrenica dans le contexte de la guerre. Elle aimerait que les crimes de guerre contre les Serbes comme soit tout aussi médiatisés que ceux contre les musulmans.

« On parle de Srebrenica, mais on ne parle pas de Oluja, on ne parle pas de Krajna. Ce n’est pas juste de parler juste d’un côté ». Dans ces villes, plusieurs crimes de guerre ont été commis contre le peuple serbe. C’est dans ce sens que Branka, croit que le surnommé boucher des Balkans, n’avait pas d’autre choix que de protéger son peuple. « Je ne le trouve pas coupable parce que dans cette situation, on n’avait pas d’autre choix. Il était dans l’armée et c’était son rôle de protéger son peuple ».

« Dans une guerre, il y a beaucoup de manipulation. Ce n’est pas aussi simple de dire qu’un côté est bon et l’autre est mauvais, affirme-t-elle. C’est une guerre. »

Pour Zeljko Todic, un Serbe de Bosnie, Ratko Mladic est un héros national.

Zeljko Todic est serbe de Bosnie. Arrivé à  Montréal en 1986, il n’ a pas vécu la guerre. Loin de combats, il perçoit tout de même le général Mladic comme un héros national. «Il est un héros pour le peuple serbe, parce que si on regarde l’histoire, les Serbes ont beaucoup souffert.» Pour Zeljko, les médias occidentaux ont diabolisé Ratko Mladic.  Selon lui, le général de l’armée serbe de Bosnie n’a pas commis de génocide, il a plutôt sauvé le peuple serbe d’un génocide. «Sans lui, le peuple serbe n’existerait plus, dit-il. On ne peut pas parler de génocide à Srebrenica, car c’était une défense face à des attaques et non pas un nettoyage éthique dans le but d’éliminer les musulmans.»

Sa vision du génocide de Srebrenica est très différente de celle qu’on a l’habitude d’entendre.  Selon Zeljko, les 8000 morts de Srebrenica n’étaient pas des jeunes garçons et des civils, ils étaient majoritairement des soldats. Pour ce qui est des enfants, «Mladic n’aurait jamais permis que des enfants soient tués», rétorque-t-il avec conviction.

«Il y a eu quelques civils qui ont été tués à Srebrenica, mais majoritairement c’était des militaires. Ces bandits musulmans, armés jusqu’aux dents, rodaient dans les villages pour tuer les Serbes ».

Zeljko ne croit pas non plus que les femmes musulmanes ont été violées par les forces de l’armée serbe. Ces éléments, prouvés au Tribunal  de la Haie par maintes preuves, sont faux selon lui. D’ailleurs, Branka et Zeljko voient tous deux le Tribunal de la Haie comme une institution anti-serbe.

La guerre part-elle avec exil?

Patrick Mbeko, géopoliticien et auteur, a étudié le conflit au Rwanda et le conflit des Balkans. Selon lui, les médias ont tendance à chercher un bon et un méchant. C’est là où réside le problème de la couverture d’un conflit, affirme-t-il. «À partir du moment qu’on part de la prémisse qu’il y a des méchants d’un côté et des mauvais de l’autre, on est dans une justice biaisée».

«Les Serbes vous diront que c’est un héros en fonction de leur perception de leur réalité, tout comme ceux qui l’accusent d’être un boucher, le feront à partir de leurs propres observations.»

Il explique le sentiment des Serbes de Montréal par un manquement des médias. «Ce sont des gens qui aiment leur pays et pensent que la couverture médiatique n’a pas été fidèle à la réalité des choses ou à leur propre réalité  des choses. Ce sentiment est nourri en partie par les prises de position sans nuances de certains médias. »

Durée : 1:12

Chercher la vérité, trouver un nouveau héros

Ibrahim Hadzic a fui la guerre de Bosnie. Originaire de Odoja, une petite ville ravagée par l’armée serbe de Bosnie, il habite à  Montréal depuis plus de 20 ans. Lorsqu’il apprend que certains Serbes de Montréal perçoivent Mladic comme un héros, il se sent découragé.

« Ça me fait de la peine et j’ai vraiment pitié pour ces gens-là,  parce qu’imaginez-vous si tous les Allemands pensaient que Hitler était leur héros ». « Si Mladic avait fait du bien, il ne serait pas condamné par toute la planète. »

Le Bosniaque Ibrahim Hadzic est déçu de savoir que certains Serbes de Montréal pensent que Ratko Mladic est un héros.

Il demande aux Serbes de Montréal de mettre leur patriotisme de côté et regarder les faits.

« Je peux seulement leur dire d’essayer de trouver la vérité et ils vont être mieux dans leur peau. Le patriotisme, parfois, ne nous laisse pas voir la vérité, mais il faut laisser ces choses-là dans les Balkans. »

Pour lui, c’est plutôt le joueur de tennis Novak Djokovic qui devrait être le héros des Serbes. « Novak Djokovic est un héros, mais les criminels de guerre, il faut les mettre dans un dépotoir de l’histoire. »

 

 

 

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