Quand Bachar est un romantique et Kadhafi un poète

 

C’est croustillant, accrocheur et surtout… vendeur. Voilà pourquoi les médias relatent la cinéphilie de Mao Zedong, le romantisme de Bachar El Assad ou l’amour de Khomeiny pour sa femme. 

1024px-Muammar_al-Gaddafi,_12th_AU_Summit,_090202-N-0506A-324Par Souad Belkacem  

Les médias peopolisent les personnalités publiques sans modération. Le lectorat en redemande et en consomme avec avidité. Pour ne pas faire dans la redondance, on cherche un volet plus attrayant : la vie privée des dictateurs.

Il n’est plus question de peopoliser les présidents, les hommes politiques et les grands visages du monde entrepreneurial. Les médias cherchent du neuf pour séduire leur public, quitte à friser le ridicule.

Un livre de Diane Ducret intitulé Femmes de dictateurs dévoile que Khomeiny était aux petits soins de son épouse au point de ne pas la laisser faire la vaisselle, et que Saddam Hussein avait deux épouses, dont l’une était férocement jalouse de l’autre. Certains médias se sont donné un plaisir à reprendre ces histoires bien épicées de ces despotes qui ont marqué l’histoire. En ajoutant de la sauce, bien entendu. D’autres ont fait quelques recherches en fouinant dans les « casseroles » de ces tyrans et ont publié des pavés sur un Kadhafi poète, un Kim Jong-il cinéphile et un Mao Zedong fan de Bruce Lee.

On publie que Bachar El Assad télécharge des chansons de Chris Brown sur iTunes, fait des plaisanteries de mauvais goût quant aux réformes qu’il devait appliquer dans son pays, qu’il lui arrive d’être romantique en offrant à son épouse la chanson God Gave Me You de Blake Shelton, et qu’il aime la country music.

Les problèmes conjugaux du couple Ben Ali, installé actuellement dans une somptueuse maison en Arabie, titillent la curiosité de la presse. Celle-ci divulgue que le couple fait chambre à part en attendant le divorce, que l’ancien dictateur tunisien déchu passe son temps à rédiger ses Mémoires et à prier pour se repentir. Il ne cesse de reprocher à son épouse Leila Trabelsi d’être derrière sa défaite. D’où leurs problèmes de couple. Les médias jouent aux paparazzis jusqu’en Arabie et dévoilent que l’ancienne dame de Tunisie rase les murs et fait ses emplettes en niqab. Cette même femme qui incarnait la féminité du monde musulman, il y a à peine six ans.

Intérêt public? Pas si sûr. La notion d’intérêt public doit traduire les besoins d’information pouvant répondre aux préoccupations politiques, économiques, sociales et culturelles des citoyens. Ces détails sur les dictateurs ne répondent pas à ces préoccupations.

Parler des histoires de cœur des dictateurs ou de leurs liaisons tumultueuses avec leurs épouses ne relève pas de l’intérêt public, mais de l’intérêt du public. Car ces histoires envoûtent n’importe quel lecteur et attirent, de ce fait, son attention, son intérêt… sans pour autant lui apporter cette valeur ajoutée que le journaliste est censé apporter au lecteur.

Extraire le jus de la vie mondaine de Leila Trabelsi pour appuyer l’idée que celle-ci est responsable de la chute de Ben Ali serait d’intérêt public. Dire qu’elle fermait les grandes artères juste pour faire son shopping aisément et qu’aujourd’hui, plus discrète, elle jouit d’une retraite en or en Arabie Saoudite pourrait apporter des arguments au fait que le Clan Trabelsi soit à l’origine du déclin de l’économie tunisienne. On dénonce. Quand il y a dénonciation, il y a intérêt public.

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