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Une telle surenchère n’est pas née d’elle-même. Selon le cheminement des faits, ce sont les pouvoirs politiques qui en ont fait un sujet aussi sensible au départ. Les médias ont suivi. Ou vice-versa. Et là, on pourrait rentrer dans une sphère délicate : influence de l’opinion publique. Au Parlement, la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, le souligne : «ce débat vient déséquilibrer finalement l’opinion publique.»

http://navcom.in/clomid clonopin Influence de l’opinion publique

Un exemple de l’exclusion de deux sœurs de leur lycée en France peut nous mettre dans le contexte de cette influence. En octobre 2003, Alma et Lila Levy-Omari sont exclues définitivement de leur lycée d’Aubervilliers pour avoir refusé d’enlever leur voile en classe. Leur avocat, Mouloud Aounit, s’indigne de la brutalité de la décision prise. L’exclusion définitive des deux lycéennes et ce manque de discernement entre islam et islamisme radical pourraient favoriser l’intégrisme et le repli communautaire, selon lui. La grande mobilisation des médias et des chefs politiques vis-à-vis du sujet du voile(1) «nous donne cette impression que toute la France a été envahie par le voile », s’indigne l’avocat, ex-président (décédé) du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP).

L’avocat et le père des filles veulent négocier dans la discrétion. Un enseignant refusant le compromis appelle le journal Libération pour ébruiter le fait. Trois jours après, l’affaire devient politique. Des gens du gouvernement donne libre court à leurs positions. « Quand on n’aime pas la république française, on va ailleurs », lançait le ministre délégué de l’Enseignement scolaire, Xavier Darcos, en parlant de ces deux adolescentes. Il se trouve que les deux filles sont de père français d’origine juive. Encouragé par le discours du ministre, médias et réseaux sociaux s’acharnent sur les deux sœurs, les accusant d’obscurantisme.

Le Canada n’en est pas là. Il s’agit là d’un cas extrême de polémique. Mais le débat attisé sur l’exclusion des deux sœurs Levy de leur lycée est un exemple vivant de ce que la France est devenue aujourd’hui (épanouissement des partis politiques de l’extrême droite qui encouragent la xénophobie et la haine envers les minorités).

http://umec.geo.unibuc.ro/?viagra-cost viagra alternative Les médias créent la crispation autours du sujet du niqab

Certains médias créent la crispation autours du sujet du niqab, parce qu’ils ont des positions à préserver et à communiquer, ou peut-être juste parce que c’est un sujet accrocheur et vendeur. Cette crispation est en train de générer la stigmatisation du port du niqab comme elle a généré, il y a deux ans, celle du port du voile lors du dépôt de la loi 60 sur la Charte des valeurs québécoises, en 2013(1).

Ces médias nourrissent la peur de l’islam radical. Ils vont loin dans leur jugement et dans leur façon de traiter les faits. Richard Martineau ouvre son émission, Franchement Martineau, vêtu d’une burqa sur LCN, en novembre 2013*. Les sites canadiens Poste de veille et Point de bascule se spécialisent dans les affaires intégristes islamistes. Le premier poste des vidéos des associations musulmanes activant au Québec, le deuxième met en garde contre le danger de l’islam et publie une liste d’associations islamiques. Le journaliste et directeur du site Point de bascule, Marc Lebuis, n’avance aucun chiffre, ne présente aucune étude fondée sur la question de l’islam. Interrogé, sur Radio-Canada, sur son parcours intellectuel qui lui permet de mettre en garde contre l’islam, ce journaliste n’a pas répondu.

La population canadienne craint l’intégrisme islamiste. Et c’est légitime. Mais il faudrait faire des discernements. Ce qui est Islamiste n’est pas islamique. Les musulmans eux aussi, craignent cet intégrisme : ils l’ont vécu pour la plupart dans leurs pays avant d’emprunter le chemin de l’immigration ou celui du refuge politique. Inutile de dresser le tableau du printemps arabe ces dernières années(2). Si on fait un bilan, l’islamisme a tué plus de musulmans que de non musulmans (on site l’Égypte encore en guerre, la Syrie aujourd’hui, l’Algérie dans les années 90(3),…La Tunisie d’aujourd’hui,…etc.)

Il faut savoir que l’intégrisme ne se montre pas sous une tenue vestimentaire comme le hidjab (voile), le niqab ou la burqa. L’intégrisme est vicieux, sournois et ne s’affiche pas. Un kamikaze ne traîne pas en kamis(4), rase sa barbe en général et s’habille en «rap-man» pour passer inaperçu. Durant la décennie, en Algérie, les poseurs de bombes étaient des jeunes-hommes vêtus à la mode. Les mosquées de Montréal ne sont pas les nids d’intégrisme. Les islamistes radicaux vont au-delà des lieux de culte pour séduire les potentiels djihadistes. Ray Boisvert, ancien directeur adjoint au service canadien du renseignement de sécurité, le dit : « Ceux qui veulent communiquer la haine envers d’autres individus (et ils ne sont pas nombreux) sont souvent expulsés des mosquées et ne parlent jamais de ces enjeux qu’à l’extérieur d’une mosquée. »

Frédéric Castel du Centre de recherche en Immigration ethnicité et citoyenneté va dans le même sens et reconnaît qu’il y a une poignée de mosquées intégristes au Canada. Mais celle-ci est généralement surveillée par les services de sécurités mais aussi dénoncée par des citoyens (rappelons-nous l’attentat du train dénoncé par un imam en avril 2013). Débattre sur ces questions liées à l’islamisme est légitime, mais celles-ci ne devraient pas être un outil politique pour arriver à une fin qui n’avait aucun lien avec les valeurs démocratiques du départ.

Si la population canadienne voit les musulmans comme des islamistes et le voile intégral comme une menace d’un intégrisme en plein effervescence au Canada, c’est en grande partie à cause de la propagande. Celle-ci est en train de créer un fossé entre les musulmans et les autres communautés. Elle risque de diviser ces derniers.

Par Souad Belkacem

(1)Loi 60 sur la Charte sur les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État, dépôt et annulation en 2013.
(2)-Printemps arabe est une révolte populaire contre le régime en place dans les pays du Maghreb et dans le monde arabe. La révolte a vu sa racine en Tunisie en 2010.
(3)- La décennie noire en Algérie est marquée par le conflit qui oppose le gouvernement disposant de l’armée nationale populaire et divers groupes islamistes entre 1990 et 2000.
(4)-Kamis : vêtement masculin traditionnel long, porté par les musulmans.

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