Maya Kamaty : Une histoire de maloya

La voix de Gilbert Pounia, son père, qui a glorifié le maloya*, l’a bercée durant toute son enfance. Les contes d’Annie Grondin, sa mère, n’ont cessé de caresser ses nuits pour lui apprendre plus tard à jouer avec les mots et en faire une passion. Maya Kamaty a grandi avec le maloya, la musique de la Réunion.

Photo  Thesupermat (Own work) [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

J’ai rencontré la Réunionnaise Maya Kamaty en juillet dernier dans les coulisses du club Ballatou, à Montréal, où elle préparait son concert dans le cadre du Festival Nuits d’Afrique.

Très jeune, elle ne voulait pas forcément suivre le chemin de son père, ni d’ailleurs celui de sa mère, conteuse populaire.

Adolescente rebelle mais consciente, Maya s’éloigne de l’univers réunionnais pour se démarquer de la sphère parentale -bien que très influente- pour y retourner après ses études et se consacrer à la poésie et au maloya, la musique par excellence de La Réunion. Il s’agissait d’un retour aux sources alimenté par l’envie de poursuivre ce que ses parents avaient accompli il y a trois décennies : la valorisation de la langue créole et du maloya.

Suivant désormais les traces de ses parents, elle poursuit en quelque sorte cette quête, à sa façon. « Mes parents se sont battus pour la préservation de la langue créole et pour la valorisation du maloya, qui n’était pas autorisé, il y a 35 ans, car jugé subversif et primitif par les pouvoirs en place à l’époque. Aujourd’hui, cette musique fait partie du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Je n’ai pas la prétention de m’approprier le combat honorable de mes parents mais je continue dans la transmission des mêmes valeurs. » Elle continue à utiliser le créole dans ses chansons. Pour l’aider, son père lui écrit des textes en créole et sa mère les lui corrige.

Santié Papang : son premier album

Santié Papang est le nom de son album et celui du quartier réunionnais où elle a habité durant trois ans. Un quartier qui lui rappelle Montréal, de par la chaleur de ses habitants.

De l’influence paternelle? Il est normal qu’il y en ait. Cependant, Maya essaie de suivre sa propre voie. Ses paroles sont accompagnées de mélodies teintées de jazz et de blues, de pop atmosphérique et de punk, mais sa musique reste traditionnellement réunionnaise, basée sur la percussion. Elle joue du kayamb, du sati, du pikèr et du roulèr, cet instrument venant d’Afrique, locomotive du maloya. Elle s’inspire d’Alain Peters, le légendaire musicien réunionnais qui a laissé une grande empreinte sur elle.

Les Réunionnais qui se sont battus, il y a trois décennies, pour pouvoir jouer le maloya, doivent beaucoup s’en réjouir: Maya Kamaty continue son combat pour le préserver.

Souad Belkacem

*Maloya : l’un des deux genres musicaux majeurs de l’île de La Réunion. Il est l’héritier des chants des esclaves. Longtemps interdit, le maloya est classé au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO depuis le 1er octobre 2009. (Sources : Wikipédia)

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