François Cardinal: Suivre le fil rouge

levitra without a doctor prescription François Cardinal, journaliste à La Presse, a une plume qui fait évoluer la société. Son expérience professionnelle édifiante est à marquer d’une pierre blanche. Il partage avec nous sa vision du journalisme moderne.

François Cardinal
https://twitter.com/F_Cardinal

  R + : Qu’est-ce qui vous a amené au journalisme?

François Cardinal. Quand j’étais à l’Université de Montréal, j’hésitais entre garde-forestier et journaliste. Ce sont vraiment deux métiers différents; quand on en choisit un, on met une croix sur l’autre.  C’est grâce à l’amour des mots et de l’écriture que j’ai voulu devenir journaliste de presse. Après cela, je me suis diversifié, j’ai fait de la télé et de la radio. Bien sûr qu’il y a plusieurs sortes de journalistes, mais le journalisme à l’écrit au quotidien permet de changer de sujet tous les jours.  Tous les jours, on creuse un nouveau sujet, on parle à des nouvelles personnes, on aborde de nouveaux angles. Le journalisme à l’écrit au quotidien s’est imposé à moi.

Comment vous décrivez-vous en tant que journaliste ?

Vous savez qu’il y a différents profils en journalisme. Moi  je suis à la base un reporter. Je fais de l’opinion depuis plusieurs années. J’ai été à l’éditorial pendant cinq ans. Maintenant, je suis à la chronique mais à la base, ce qui me distingue des autres journalistes qui font du commentaire, c’est que je fais encore du reportage. Donc, je vais encore sur le terrain, je parle encore aux gens.

Quand je voyage, c’est pour rapporter à Montréal des idées qui peuvent améliorer la ville. Donc, je suis foncièrement un reporter à l’américaine avec tout ce que cela implique. Les Européens sont plus dans l’analyse et le commentaire. Moi, je puise davantage mon travail dans les faits, la vérification, dans l’objectivité le plus possible. Ensuite, j’en fais du commentaire.

Quel impact positif votre métier a-t-il sur vous ?

Le plus grand impact que mon métier a sur moi, c’est le fait d’approfondir ma culture générale un peu plus chaque jour. Ce n’est pas compliqué, on n’est pas journaliste quand on travaille, on est journaliste 24h/24. La fin de semaine, je la passe à lire une dizaine de journaux et une demi-douzaine de magazines, à écouter les balladodiffusions de la radio, à lire des essais. Mon travail consiste à approfondir cette culture personnelle, cette culture générale. Je pense que c’est l’impact le plus important sur ma vie. On n’est pas journaliste seulement quand on travaille, on est journaliste 24h/24.

Quand vous pensez au journalisme, qu’est-ce qui vous vient en tête ?

La rigueur. Je pense qu’il n’y a rien de plus important. Il y a beaucoup de choses en journalisme mais si ce n’est de la rigueur, il n’y a plus rien d’autres qui tient. Les fondements même du journalisme, les bases, la fondation, c’est la rigueur. Et la rigueur va faire en sorte que tu dures dans le temps comme journaliste, ou bien ta réputation n’est pas très grande rapidement. Le journaliste Pierre Bruneau de TVA  a dit un jour : « Rigueur, rigueur, rigueur ». Je pense que ce sont les trois piliers du journalisme.

Être journaliste, c’est tout un contrat! Qu’est-ce que ça exige ?

D’abord et avant tout, de la curiosité. Parce que le fait de changer de sujet tous les jours fait en sorte que tu n’as pas le privilège de choisir ton thème, tu n’as pas le loisir de prendre ce qui t’intéresse, de laisser ce qui te désintéresse. Et cette curiosité fondamentale maintient votre envie. Dans cinq ans, si vous me posez la même question, il va falloir que j’aie la même curiosité, sinon je vais devoir changer de métier.

Qu’est ce qui vous rend le plus fier de votre métier ?

C’est lorsqu’on fait une différence. Ça n’arrive pas très souvent mais, quand on sent que l’un de nos textes a fait évoluer la société dans le bon sens, on peut en être fier. Un exemple très concret, très récent: je suis tombé dans le journal sur une petite annonce où l’on mettait en vente la bibliothèque Saint-Sulpice, qui est dans le Quartier latin, sur la rue Saint-Denis, l’un des plus grands bâtiments patrimoniaux dans l’histoire du Québec contemporain sur tous les points, en tout cas modernes. C’était le gouvernement, plus précisément le ministère de la Culture qui mettait ce bâtiment en vente en catimini. Je suis tombé là-dessus, j’ai fait mes petites recherches, j’ai fait mon enquête. Et le jour où j’ai sorti le texte, ça a fait un effet monstre. Quelques heures après, la ministre de la Culture reculait et décidait qu’elle ne vendait plus ce bâtiment finalement. C’est sûr qu’il y a de quoi être fier dans ce genre de moment. On sent que notre travail de labeur au jour le jour peut faire une différence à long terme.

À quoi ressemble la journée typique d’un journaliste ?

On se lève le matin en écoutant la radio, en étant branché sur les réseaux sociaux, en regardant ses courriels tout en même temps. Ensuite, on passe aux journaux pour être bien certain qu’on a tout vu sur ce qui est important, ce qui avait été publié. Puis, on met les perches à l’eau. Donc, on fait des appels pour voir ce qui va mordre pendant la journée, qui va retourner ton appel. Il faut le faire le plus tôt possible pour que les appels reviennent assez  tôt pour écrire l’article. Ensuite, on recommence à lire sur le sujet qui nous intéresse le plus cette journée-là. Et on passe notre journée à passer de la lecture à une entrevue, une visite sur place ou une conférence de presse pour finir par l’écriture, au milieu de l’après-midi.

Quels sont les avantages et les inconvénients de ce métier ?

Le fait d’être au courant de ce qui se passe autour de nous et dans le monde, c’est un devoir de citoyen. Mais nous,  on en fait un métier, c’est  le plus grand privilège au monde. Le désavantage, c’est le fait qu’on ne débranche jamais, le fait qu’on soit toujours au téléphone ou devant notre écran d’ordinateur,  constamment en train de lire les journaux et écouter les bulletins de nouvelles, même en vacances. S’il y a un bon côté à ça, il y a aussi des inconvénients. J’aimerais rentrer à cinq heures à la maison et avoir fini.

Quel triste souvenir a bousculé vos convictions ?

Il y en a un en particulier. J’étais tombé sur une nouvelle, un conseiller du maire Pierre Bourque à l’époque qui avait inventé des pans de son curriculum vitae. J’ai appris la chose, j’ai enquêté dans les différentes universités pour me rendre compte que son curriculum vitae était faux à moitié. J’ai confronté la personne avant d’écrire. Et quand cette personne est venue me voir, elle a avoué qu’elle avait falsifié son CV, elle a reconnu ses torts. Et elle est revenue me voir le lendemain avec sa femme et ses enfants en m’implorant de ne pas publier l’article parce que de toute façon elle allait démissionner. C’est un événement qui m’a ébranlé mais j’ai quand même publié l’article parce que mon rôle n’est pas un rôle de justicier mais un rôle de journaliste. Il était conseiller spécial du maire, payé par les contribuables. Donc, mon devoir était de publier. Encore aujourd’hui, je me demande si c’était nécessaire de publier ou pas, je me pose encore des questions. C’était un moment  délicat et  difficile que j’ai vécu sans savoir si j’ai fait la bonne chose.

À quel point êtes vous impliqué dans le journal La Presse ?

Mon sujet de prédilection, ce sont les affaires municipales, les affaires montréalaises et métropolitaines. Pour un quotidien  comme La Presse, qui est avant tout un journal  montréalais, c’est un enjeu incontournable que tous les journalistes ne veulent pas forcement couvrir. Ce ne sont pas de grands sujets comme la question des réfugiés en Europe ou les primaires américaines par exemple. C’est important de parler aux lecteurs de ce qui se passe dans le monde mais il ne faut pas oublier de leur parler de ce qui se passe au coin de chez eux.

Comment avez vous bâti votre réseau de personnes-ressources ?

Au fil de temps. Ça fait quelques années que je suis journaliste. J’essaie d’avoir des bons rapports avec tout le monde. Quand les gens vous appellent ou vous écrivent, les sources particulièrement, je leur réponds très rapidement, je garde contact, je les appelle de temps en temps pour voir s’il n’y a pas des sujets qui n’ont pas été discutés qui vaudraient la peine d’être amenés sur la place publique. Je suis fondamentalement respectueux des sources. C’est ce qui fait qu’on dure comme journaliste et qu’on garde nos sources  tout au long de notre carrière.

Quel est l’avenir du journalisme au Québec?

Si je le savais, je serai riche aujourd’hui! Je ne peux pas vous dire ce qui peut arriver dans cinq ans ou dans dix ans, on est en pleine révolution dans les médias. Chacun y va de son idée. La Presse+ est une des options qui sont testées à l’heure actuelle. J’espère que ça va être la bonne.  Je ne sais pas du tout où on s’en va. Qui a le modèle d’affaire qui va fonctionner à long terme ? Chose certaine, le journalisme va exister dans dix, quinze, vingt ans parce que c’est un élément essentiel de la démocratie

Quelles valeurs souhaitez-vous transmettre aux étudiants en journalisme ?

L’ardeur au travail. On ne peut pas faire du journalisme en dilettante ou à temps partiel. Quand vous êtes aux études, si vous voulez véritablement devenir journaliste, lâchez votre job alimentaire pour vous consacrer à cent pour cent au journalisme sinon vous ne ferez pas votre place. C’est un milieu compétitif, mais il y a encore de l’espace.

Comment entrevoyez-vous la fin de votre carrière ?

Je ne l’envisage pas du tout. Je ne m’imagine même pas à  la retraite. Il y a des journalistes qui ne prennent jamais leur retraite, par exemple Lisette Gagnon et Pierre Bruneau, des gens qui ont le métier dans le sang. Peut-être que je vais encore écrire des essais une fois par jour, peut-être que je vais faire essentiellement de l’opinion, une fois par jour ou par semaine, je ne sais pas. En tous cas, j’espère continuer dans ce métier-là jusqu’à ma tombe.

 

 Propos recueillis par Benjamin Ntouo-Ntouoni.

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