Fin du tabou sur l’intersexualité

Anouk Palvadeau

Souvent réduit au terme d’hermaphrodisme, l’intersexualité est désormais la dénomination employée pour qualifier une personne née avec des caractères sexuels (génitaux, chromosomiques, gonadiques) qui ne correspondent pas à la classique binarité homme/femme. Au moins 1,7 % de la population serait intersexuée, mais ces chiffres pourraient grimper jusqu’à 4 % selon les sources.

Un reportage vidéo d’Anouk Palvadea

Ce sont désormais les voix des personnes intersexuées, opérées dès la petite enfance qui se font entendre. La pression sociale, hétéronormative des années 60 a poussé les parents à accepter des séries de mesure dont la chirurgie. La plupart du temps celle-ci était réalisée afin de rendre les organes génitaux conformes aux attentes sociétales. En effet les parents, souvent désemparés et peu renseignés donnaient leur accord afin de « rectifier le sexe atypique de leur enfant » comme l’indique André Wilcox dans son article « L’enfant intersexué : dysphorie entre le modèle médical et l’intérêt supérieur de l’enfant ».

La dre Lyne Chiniara, endocrinologue spécialiste en intersexualité explique dans le prochain extrait audio que les chirurgies irréversibles sont évitées le plus possible.

Durée 00:27 secondes

Ces chirurgies ont marqué ces enfants physiquement et psychologiquement comme l’explique Vincent Guillot, un des porte-parole de l’Organisation Internationale des Intersexués:  « Ce qui nous a bousillés psychologiquement, ce ne sont pas les mutilations : nous savons qui nous a fait mal, quand on nous fait mal. On a sur notre corps des traces, des cicatrices, on a des douleurs.[…] À chaque fois, on est confronté dans la société à notre différence sans que cette différence puisse être verbalisée, c’est cela qui nous détruit le plus ».

Signe Intersexe utilisé par les militants et les associations à travers le monde. (photo Anouk Palvadeau)

Les militants se battent pour la fin de ces chirurgies sur les enfants, du moins jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de décider par eux-mêmes, qu’ils puissent donner leur consentement en pleine connaissance des risques et des conséquences. Simplement bénéficier du droit fondamental à l’autodétermination, et le corps médical est désormais plus à l’écoute.

Il est vrai que les choses changent, les méthodes aussi. Les protestations des militants intersexués se font remarquer. Ces personnes longtemps laissées pour compte par la société ont fait l’objet d’une enquête commissionnée par l’Organisation des Nations Unies en 2013. Juan E.Méndez, le « Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants » a reconnu que ces interventions lorsqu’elles ne sont pas médicalement nécessaires, se placent dans la même lignée que la torture et la cruauté : elles « engendrent une infertilité définitive et des souffrances psychologiques aiguës ».

Les demandes des personnes intersexuées aboutissent

Il n’aura pas fallu attendre ce rapport de l’ONU pour que les avancées soient visibles. Dans les passeports, en Australie, Allemagne Inde, Népal, Pakistan, ou  Bangladesh, une troisième catégorie X est désormais proposée. En 2013, l’Allemagne a également autorisé que les bébés soient enregistrés sans faire mention de leur sexe. Une première bataille remportée qui permet aux parents de ne pas définir dans la précipitation le genre de leur enfant pour le laisser grandir, se découvrir et se révéler.

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