Faire des choix plus responsables en achetant de l’alcool

Par Annie Ledoux

Les Québécois dépensent beaucoup d’argent durant le temps des Fêtes pour l’achat des cadeaux et les différents repas organisés. Le marché de l’alcool, sans cesse grandissant, ne fait pas exception. Les boutiques des producteurs locaux et les succursales de la Société des alcools du Québec débordent en ce mois de décembre. Maintenant, il suffit de prêter attention à quelques informations pour faire des choix plus durables en magasinant vos boissons alcoolisées.

Chez les producteurs locaux et à la Société des alcools du Québec, une nouvelle tendance vers des options plus écologiques influence désormais les achats des consommateurs.

Durant le cycle de vie d’un produit, tel que les vins ou les spiritueux, différentes voies peuvent être empruntées pour créer ces enivrantes consommations. À différentes étapes, des choix plus écologiques ont été mis en place. Ces améliorations et innovations environnementales valent la peine qu’on les souligne puisqu’elles pourraient influencer vos futurs achats.

Reportage tourné en décembre 2017, par Annie Ledoux, pour l’Université de Montréal.  (Durée 1:59)

Pensez à la production

Chez les producteurs, la nouvelle tendance est la lutte biologique, en utilisant des parasites, des prédateurs et des pathogènes contre les insectes nuisibles pour leur culture. En insérant leurs ennemis naturels dans l’écosystème agricole, les insectes nuisibles ont de la difficulté à survivre dans cet environnement surpeuplé de leurs rivaux. En travaillant plus souvent avec des spécialistes des écosystèmes et des insectes ravageurs, les producteurs réduisent ou éliminent complètement l’utilisation des pesticides, herbicides et fertilisants. Michel Jodoin, le propriétaire de la Cidrerie Michel Jodoin est un de ces producteurs :

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Les produits chimiques utilisés par l’industrie vinicole, tel que les pesticides, sont détectables dans le résultat final que l’on retrouve sur les tablettes. Pour éviter d’ingérer ces toxines, il suffit de consommer des produits venant de vignobles ayant une certification d’agriculture biologique. Beaucoup de produits biologiques, biodynamiques et naturels occupent maintenant les différentes sections de la Société des alcools du Québec (SAQ).

Les vins biologiques ont une certification sur leur bouteille, comme AB Certifié Agriculture Biologique ou certaines certifications de d’autres pays dont Certifié par FR-BIO-01 Agriculture UE/NON-UE qui indique aussi la provenance. Cependant, c’est la culture des raisins ou de leurs matières premières qui est considérée comme biologique.

Quelques certifications et étiquettes visibles à la SAQ ou chez les producteurs. En bas, à droite, l’étiquette verte présentant le prix à la SAQ nous indique qu’il s’agit d’un «Choix responsable».

Biodynamiques ou biologiques

Les vins biodynamiques sont fabriqués comme les vins biologiques, mais la culture de la vigne est influencée par certaines règles ayant pour but de renforcer leur système immunitaire tout en respectant l’écosystème. Quelques organismes vérifient l’application de ces règles et sont identifiables sur les bouteilles, soit Demeter Certifié Biodynamique, Demeter Certifié agriculture biodynamique et Biodyvin.

Les vins naturels sont réalisés sans pesticides, herbicides, engrais et avec presque aucunes interventions durant la culture du raisin. Ces vins ne subissent qu’un faible ajout d’intrants et de sulfites, contrairement aux 2 types de vins précédents. Par contre, il n’existe pas de certification, mais il y a quelques informations sur la bouteille, par exemple sans sulfites ajoutés. C’est plutôt les acheteurs et importateurs qui visitent les producteurs pour s’assurer de l’authenticité de cette démarche.

Pour mieux s’y retrouver au milieu de tous ces choix, discutez avec les producteurs ou un conseiller de la SAQ. Il est aussi possible de faire des recherches sur les sites internet des vignobles ou des microdistilleries.

L’achat local

De gauche à droite, des spiritueux québécois fabriqués avec des matières premières issues de nos terres agricoles et de nos forêts : Romeo’s gin (baies de genièvre, concombre, lavande), Oshlag (maïs, millet), Piger Henricus Gin (panais, baies de genièvre), Piger Henricus Réduit (panais, sirop d’érable pur) & Sortilège Prestige (sirop d’érable pur). Puis, Ungava (herbes indigènes québécoises, comme le thé du labrador), Canopée Premium Gin forestier (épinette noire, thuya), Chic Choc Rhum épicé (épices boréales, tel que le poivre des dunes) et Brandy de pommes Michel Jodoin (pommes McIntosh, Cortland et Empire).

Au Québec, l’agriculture et la foresterie utilisent la majorité du territoire dans plusieurs régions administratives et une grande part du marché économique de ces régions. Certaines boissons alcoolisés québécoises sont fabriquées à partir de produits de la forêt boréale ou de légumes et fruits cultivés ici. En achetant des produits québécois, puisant leurs matières premières dans notre province, on encourage une chaîne d’emplois à travers la province, en plus de faire un choix plus écologique en limitant le transport.

Certaines certifications, étiquettes ou médailles de concours peuvent vous aider à identifier la provenance québécoise des produits. Les spiritueux québécois sont de plus en plus populaires puisqu’ils se distinguent par leurs goûts particuliers et prononcés. Pourtant, leur entrée sur le marché est plutôt récente. Par exemple, le premier gin québécois, l’ Ungava, est apparu sur les tablettes seulement en 2010. Depuis, il existe des dizaines de gins québécois créés à partir de matières premières de la forêt boréale ou issus de l’agriculture locale. Comme l’explique la directrice du développement durable à la SAQ, Cédéanne Simard, ces produits remportent un certain succès :

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Pour Michel Jodoin, l’idéal est de regarder les boissons alcoolisées produites et disponibles près de chez soi, chez les épiciers choisissant d’encourager les entreprises locales, dans les marchés, mais, aussi, chez les restaurateurs.

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Il est possible de profiter d’une belle journée ensoleillée pour aller visiter les producteurs qui offrent souvent, avec une fierté amplement méritée, une visite guidée de leur propriété. Une boutique se trouve généralement sur place, dans les vignobles et cidreries, mais aussi chez les microdistillateurs certifiés ou chez les brasseurs de bière. Certains sites internet vous permettent maintenant d’organiser rapidement votre excursion, tel que la route des vins et les certifications de produits du terroir. (Pour les liens, voir la section «En savoir plus» au bas de la page.)

Pensez aux déchets

Lors de nos achats, le choix du type de contenant n’est généralement pas une option à laquelle on réfléchit. Pourtant, une étude de 2011, faite par la Chaire internationale sur le cycle de vie de l’École polytechnique en collaboration avec la SAQ, s’était penchée sur cette question. Les matériaux moins polluants pour les contenants, sur toute la durée de leur cycle de vie, seraient, en ordre du moins au plus polluant : les contenants multicouches (viniers), le plastique, le verre, puis, l’aluminium. Michel Jodoin explique :

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Malheureusement, les viniers multicouches et les contenants de plastiques ne sont pas très attirants pour les consommateurs. Ils désirent souvent offrir ces boissons alcoolisés et cherchent donc de belles bouteilles. La SAQ a donc entrepris de convaincre leurs fournisseurs de réduire la quantité de verre utilisée pour la production de leurs bouteilles. Cette diminution est possible par une réduction de l’épaisseur du verre et par un fond beaucoup moins creusé vers l’intérieur.

En plus, depuis 2004, la SAQ participe financièrement à la Chaire SAQ de recherche de valorisation du verre dans les matériaux, dirigée par une équipe de recherche de la Faculté de Génie de l’Université de Sherbrooke. Ils intègrent du verre en poussière ou agrégats, dans le béton, pour remplacer le ciment. Cette technique contribue à améliorer la performance des bétons (durabilité, imperméabilité et résistance) et à diminuer les gaz à effet de serre générés par la fabrication du ciment. Tous les contenants en verre récupérés évitent ainsi le chemin du dépotoir où ils auraient contribués à notre pollution domestique. Cédéanne Simard, de la SAQ :

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Deux exemples de matériaux réalisés avec des grosses particules de verre colorés.

Ces nouveaux matériaux, valorisant l’utilisation du verre, peuvent être très colorés ou passer totalement inaperçus. Il y a de nombreuses créations visibles autour de nous dont on ne soupçonne pas l’existence. Dans certaines des succursales de la SAQ, mais aussi à la Maison du Développement durable à Montréal, il y a des planchers de béton et des comptoirs colorés de fragments de verre qui sont visibles par les clients. Devant les bâtiments corporatifs de la SAQ, de Montréal et de Québec, les trottoirs et les mobiliers extérieurs en béton, comme les bancs de parc, sont d’autres bons exemples. Devant ces mêmes bâtiments, on ne pourrait pas se douter que le verre, en plus grosses particules, est aussi utilisé comme paillis pour les plates-bandes. Dans la ville de Montréal, il y a également des trottoirs de béton, comme celui du Quartier des spectacles, qui ont été fabriqués avec de la poussière de verre plutôt que du ciment. Plus imposant, le mur antibruit de Jansen industrie à Boucherville a été construit avec cette technique.

 En savoir plus :

Pour trouver certains producteurs québécois et parcourir la route des vins.

Pour mieux comprendre les efforts de la SAQ et les recherches universitaires pour la valorisation du verre.

 


Remerciements :

J’aimerais remercier ces gens pour m’avoir donné généreusement leur aide et leur temps. Sans eux, ce projet n’aurait pas vu le jour. Merci du fond du cœur.

Geneviève Ferron – Relationniste aux communications à la Société des alcools du Québec (SAQ)
Cédéanne Simard – Directrice du Développement durable à la SAQ
Francine Hubert – Directrice de la succursale SAQ de Saint-Césaire, Qc
Michel Jodoin – Propriétaire de la Cidrerie Michel Jodoin, situé à Rougemont, Qc

 

 

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