Éditorial – Bienvenue dans le monde des relations virtuelles !

De nos jours, le fait le plus insignifiant fait l’objet d’un commentaire ou d’un billet sur les médias sociaux. Qu’est-il donc arrivé aux gens pour provoquer en eux le besoin d’un tel étalage de leur intimité en public ? Bienvenue dans le monde des relations virtuelles.

Margarita est une cinquantenaire célibataire, travailleuse autonome sans clients, qui vit seule depuis le départ de ses deux filles du toit familial, modernité oblige. Sa solitude lui pèse de plus en plus,  jusqu’à ce que, ô miracle, elle découvre les réseaux sociaux où elle peut désormais compter sur 2000 « amis ». Exit la déprime. L’amitié virtuelle dépasse toutes ses attentes. Elle passe tout son temps devant son ordinateur. La dépendance est vite arrivée. Imaginez, 2000 paires d’yeux pour l’admirer, la « liker », même si 80 % d’entre eux ne lui répondent vraiment jamais. Pour le reste, ce sont quand même 400 personnes avec qui converser, ensemble ou séparément. Margarita atteint le summum du bonheur le jour de son anniversaire. Tous ces mots, plus flagorneurs les uns que les autres, lui souhaitant de garder son époustouflante beauté, son éternelle jeunesse, et, surtout, son intelligence supérieure. Le bonheur sur terre.

Rhumy est une adolescente introvertie, incapable d’aborder les autres. Les cruelles moqueries de ses camarades ne l’ont pas aidée dans sa quête d’un peu d’amitié. Depuis l’avènement de Facebook, elle a trouvé une catharsis à sa vie de carmélite. Désormais, elle est la reine du média social. Aucun battement de cils n’échappe à son millier d’« amis ». Elle expose sur son mur tous les menus détails de sa jeune vie, allant du petit déjeuner jusqu’au souper. Même des photos d’elle prises en chemise de nuit dans son lit sont offertes aux bons et mauvais regards, sans qu’elle envisage un instant les conséquences possibles de ce geste.

Ainsi donc va la vie sur les réseaux sociaux, véritable panacée à tous les spleens de la terre. Toute nouvelle acquisition fait l’objet d’un « post ». Comme dirait mon étudiant jonglant avec son prêt et bourse : « sérieux? ». Le pauvre enfant et ses camarades gèrent les subsides gouvernementaux, les études, la baisse d’énergie, les jobs de survie, les difficultés de toutes sortes. Et Margarita prend une pose qu’elle voudrait lascive pour présenter sa nouvelle robe bleue à traîne et son nouveau chapeau garni de strass portés à une soirée de gala qui, écrit-elle sans rire, « lui confèrent un faux air de Sarah Ferguson ». Un air faux, certain ! Le ridicule ne tue pas, ou, à tout le moins, pas les personnes en quête acharnée de notoriété.

Le pire, ce sont les « likeurs » et « likeuses » qui perdent leur temps à presser le bouton, le plus souvent sans avoir regardé la photo. Et ce mal qui répand l’impudeur affecte la majorité de la population, toutes couches sociales confondues : les ados, les intellos, les mécanos, les rigolos, cherchant désespérément les feux de la notoriété à travers les pages de Facebook, Twitter, Instagram… et que sais-je?

Loin de moi l’idée de crier haro sur les réseaux sociaux. Ils aident à retrouver des amis d’enfance perdus de vue depuis longtemps. Ces canaux offrent aussi beaucoup d’informations, parfois pertinentes, qui connectent les utilisateurs à l’actualité en constante évolution. Ces plateformes sont même devenues un lieu de rencontres des grands-parents branchés avec leurs petits-enfants. Merveilleux, n’est-ce pas, ces relations familiales d’un nouveau genre? Et les parents eux-mêmes, quand le dialogue est difficile, vont y glaner des renseignements sur les fréquentations de leurs jeunes. Pas génial, mais à défaut de mieux…

Cela dit, chers amis virtuels, une petite suggestion : regardez attentivement autour de vous. Tant de personnes souhaiteraient vous rencontrer. Tant d’activités intéressantes et enrichissantes vous tendent les bras, dans votre ville, votre quartier, votre communauté. Certaines sont même annoncées sur vos chers réseaux sociaux. Elles combleront à merveille les moments de passage à vide de votre belle existence. Des groupes de toutes sortes existent et feront votre bonheur : marche, lecture, cuisine, danse, yoga, zumba, et j’en passe. Cherchez-les et vous verrez que la vie peut être bien plus exaltante avec les nouveaux vrais amis que vous vous ferez sans doute.

Avez-vous entendu parler du bénévolat ? Je suis certaine qu’aider les enfants malades ou les personnes âgées vous comblerait de bonheur. Certes, la nouvelle robe et le nouveau chapeau n’auront plus autant d’admirateurs virtuels, mais quelques vraies personnes vous prodigueront sans doute de vrais compliments qui auront le mérite d’être sincères.

Marie-Yanick Dutelly

 

L’équipe

Rédaction en chef                                                                                                
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Journalistes
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Soumaïla Diomande
Marie-Yanick Dutelly                                                                  
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Réviseur en chef  
Jean-Louis Aubut    

Réviseurs
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Philippe Thadal
Marie-Yanick Dutelly
Andréane Martin

Support technique
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Édition et supervision
Louis Belzile

 

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