Dilution et désillusion en Amérique

Tout le monde rêve d’être une vedette. Cependant, il est logique de se demander si la peopolisation de la politique américaine est une bonne chose. 

Il faut regarder les enjeux qui sont débattus chaque jour par les élus. Certes, peu d’entre eux répondent aux questions qui leur sont posées. Par contre, avoir des vedettes de téléréalités se lancer en politique tire du ridicule. Si beaucoup d’idées sont « débattues » particulièrement en période électorale, la peopolisation en politique américaine évacue le peu de sérieux qui reste dans le débat démocratique pourtant si important.

Parler de l’épouse ou du mari d’une personne publique, de son parcours professionnel, peut être fascinant pour les geeks de ce monde. Mais il ne l’est pas pour le commun des mortels. Cela n’est pas pertinent par rapport à ce que ces derniers attendent de leurs représentants. Avez-vous déjà croisé un citoyen qui vous a dit qu’il voterait pour un candidat, car il a de beaux cheveux ou un nom de famille célèbre? Je parie que oui. Vous me répondrez que c’est une contradiction et vous aurez raison. Nous prétendons que les potins des élus ne nous intéressent pas, mais nous fouinons hypocritement quand même dans leur vie privée.

Rappelez-vous de l’ancien sénateur démocrate de la Caroline du Nord, John Edwards, qui a trompé sa femme alors que cette dernière souffrait d’un cancer.

Comprenez-moi bien : ce qu’il a fait est TOTALEMENT inacceptable. Cependant, est-il normal que les médias aient couvert cette histoire avec une intensité plus forte que la candidature de Monsieur Edwards aux primaires démocrates de 2008? Poser la question, c’est y répondre. Beaucoup de gens cherchent un prétexte pour justifier leur manque de pudeur. La responsabilité est collective : les médias choisissent ce qu’ils couvrent et la population consomme cette information. C’est pathétique.

Permettez-moi un bémol : si vous choisissez de vous lancer dans la vie publique, il est normal que l’on couvre l’ensemble de votre vie, ce que vous avez fait pour vous rendre où vous êtes aujourd’hui. Aucune famille n’est parfaite. Les journalistes ne font que leur travail. Ce qui est inacceptable est que l’on couvre plus les problèmes de zizi d’un candidat à la présidentielle que son programme politique! Bref, la peopolisation en politique américaine n’aide en rien aux débats sur les enjeux cruciaux pour notre société.

Par ailleurs, il est nécessaire d’analyser l’influence que la peopolisation peut avoir sur l’élection de nos gouverneurs. Si des personnes issues de la téléréalité se lancent en politique ou si des dirigeants misent sur leur vie privée pour mousser leur carrière, nous sommes tout de même en droit de nous demander si celles-ci sont qualifiées.

Prenez Donald Trump, favori pour remporter la primaire du Parti républicain aux États-Unis. Il est l’exemple parfait de ce phénomène. Est-il prêt à être le président du pays le plus puissant du monde? Et que dire des commentaires qu’il a fait contre les immigrants, les musulmans et un reporter du New York Times (pour ne nommer que ces exemples)? Pour n’importe quel politicien, une seule de ces remarques signerait une mort certaine pour une carrière publique, mais apparemment pour Donald Trump, sky’s the limit.

La question est légitime… Imaginez si nous votons pour quelqu’un qui n’est pas qualifié! Cela aurait un impact négatif sur les relations diplomatiques, sur la gestion des affaires internes, et j’en passe. En d’autres mots, la peopolisation de la politique américaine peut entraîner la victoire de gens non qualifiés qui ont simplement misé sur leur personnalité.

En fin de compte, la peopolisation en politique américaine empêche la tenue de débats sérieux et peut contribuer à l’élection de dirigeants n’ayant pas d’expérience ou de notions de base pour gouverner. Il reste à espérer que l’on revienne sur terre et que l’on couvre plutôt des enjeux plus sérieux comme l’environnement.

Par Philippe Haese

 

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