Awa Sangho, contre l’excision féminine en Afrique

A travers ses paroles, la chanteuse malienne Awa Sangho veut véhiculer l’image de cette Afrique culturelle, belle et artiste. Par ailleurs, elle dénonce avec ferveur une pratique ancestrale du Mali qui existe toujours en Afrique : l’excision des femmes. Elle nous dévoile son indignation au club Ballatou à Montréal, l’été dernier. 

Image : Henri Regnault - Assis femme africaine
Image : Henri Regnault – Assis femme africaine

Reporter+ : Vous portez l’Afrique en vous à travers vos textes, votre allure, votre chaleur humaine…Que voulez-vous transmettre au juste à travers vos paroles?

Awa : L’Afrique est le berceau de l’humanité. Elle représente une richesse naturelle, par ses ressources d’or et d’uranium. Elle représente aussi une richesse culturelle. Je viens du Mali mais je me sens avant tout africaine. Je porte, effectivement, l’Afrique en moi. Je veux véhiculer, à travers mes chansons, l’image de cette Afrique culturelle, belle, souriante et artiste. Ce qui ne m’empêche pas de chanter le côté sombre de ce continent. Je dénonce, à travers mes paroles, certaines pratiques ancestrales qui existent toujours au Mali, au Soudan, au Nigéria, au Sénégal, en Somalie et dans beaucoup d’autres pays africains.

Quelles sont ces pratiques?  

Awa Sangho
Awa Sangho

Je cite l’excision des jeunes femmes. Une pratique barbare qui met en danger beaucoup d’adolescentes. Dans mon premier album solo, Allah Tayé Tougnan Yé (la vérité appartient à Dieu), il y a une chanson qui raconte le désespoir des jeunes filles victimes de ce rituel. Des jeunes filles qui ne peuvent rien faire contre cette atrocité, continuant de subir et souffrir en silence. La plupart des sociétés en Afrique approuvent* malheureusement cette tradition, bien que dénoncée dans le monde entier.

Il y a forcément, dans ces sociétés, des mères et des femmes qui, comme vous, sont contre cette pratique. Qu’en pensez-vous?

Si ces mamans et ces femmes avaient leur mot à dire dans leur société, l’excision féminine aurait été bannie, il y a très longtemps.

Vous avez parlé de dangers encourus, suite à cette pratique. Pouvez-vous nous en dire plus?

L’excision de la femme peut entraîner des maladies sexuellement transmissibles et des infections graves. Elle peut causer, également, des infections liées au manque d’hygiène lors de l’opération, entraînant parfois la mort des filles pubères ou des bébés de sexe féminin qu’on excise, parfois, dès la naissance. Inutile de rajouter les facteurs de la douleur liée à l’opération, souvent faite sans anesthésie. Outre cela, les complications se ressentent à long terme. Une fois adulte, la petite fille n’a pas de vie sexuelle puisqu’elle ne ressent plus de plaisir et souffre de douleurs durant les relations sexuelles. Elle est exposée à des risques de mortalité durant les accouchements. Psychologiquement, cette femme perd son identité féminine par l’ablation de sa sexualité, symbole de la féminité.

Je vous ai regardée sur scène chanter la douleur des femmes excisées. Il y avait à vos côté une danseuse qui représentait à merveille cette douleur. Un moment fort…Que disiez-vous dans votre chanson?

Je racontais la souffrance physique et psychologique de cette femme excisée. Vous la voyiez à travers cette artiste qui dansait pour traduire  douleur. Je racontais la mort de ces milliers de jeunes filles pubères, de ces femmes accouchées ou de ces bébés. Je me posais la question est-ce qu’un jour on arrêtera le sang de couler inutilement? Je criais haut et fort contre cette pratique qui ne fait qu’augmenter les pertes de vies humaines. Enfin, je m’oppose, à ma façon et à travers ma voix, aux partisans de la mutilation sexuelle des femmes. Que cela cesse.

Par Souad Belkacem

 

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