13 Reasons Why fait la morale aux jeunes

Audrey Boilard

Depuis quelques semaines, la série 13 Reasons Why soulève les passions des internautes autour du globe. Disponible en exclusivité sur Netflix, elle raconte l’histoire d’Hannah Baker, une jeune fille qui s’est suicidée après avoir été victime d’intimidation à son école secondaire. Pourquoi cette série destinée aux adolescent(e)s fait-elle tant jaser?

Le Reporter+ a mené une enquête auprès de jeunes adultes afin de recueillir leurs opinions à ce sujet. Le constat est étonnant : pour eux, la série constitue une leçon de vie. Si les spécialistes affirment qu’elle banalise le suicide, ils croient plutôt qu’elle offre aux adolescent(e)s l’opportunité de réfléchir.

C’est le cas de Stella Delforge, 24 ans, qui a été victime de harcèlement et d’intimidation au secondaire. Bachelière en relations humaines, elle soutient que 13 Reasons Why joue avant tout un rôle de sensibilisation : « Ça m’inquiète de penser que certaines personnes considèrent ça tel un divertissement. » Elle dénonce en 32 secondes ce que les jeunes subissent durant cinq longues années.

Valérie Bessette, 23 ans, partage cet avis. Aujourd’hui étudiante en travail social, elle garde un douloureux souvenir de son adolescence. Elle s’identifie au personnage d’Hannah Baker, qui reflète le calvaire qu’elle a vécu : « J’ai été trahie à maintes reprises par des filles qui étaient soi-disant mes amies. J’ai longtemps eu des pensées suicidaires, mais je m’accrochais à l’espoir que tout irait mieux un jour. »

Valérie a été victime d’intimidation au secondaire. Elle a demandé de l’aide auprès des intervenants de son école, sans succès. La jeune femme a longtemps vécu avec des idées noires et le personnage d’Hannah Baker lui rappelle sa propre histoire.

Marianne Michaud, 23 ans, s’attriste aussi que la série soit mal reçue par les intervenants scolaires. Selon elle, l’histoire d’Hannah Baker ne glorifie pas le suicide, mais relève les problèmes que vivent les filles : « Les garçons de mon âge m’ont longtemps fait sentir tel un objet sexuel. Mes résultats scolaires en ont été affectés et ça a retardé mon entrée à l’université. »

Yancy Gohier, 23 ans, salue finalement le réalisme de 13 Reasons Why. Elle admet toutefois que la dureté avec laquelle l’intimidation et le suicide sont abordés n’est pas appropriée pour des adolescent(e)s : « Ils n’ont pas la maturité pour regarder la série avec le même détachement qu’un adulte. L’intimidation est un acte répréhensible, mais ça n’explique pas un suicide. »

Plusieurs spécialistes de la santé psychologique des adolescent(e)s ont été interrogés par les journalistes sur l’influence de la série. Pédopsychiatres et psychologues sont d’avis qu’elle devrait être visionnée sous la supervision des adultes. Mais eux, qu’en pensent-ils? Jusqu’à présent, les médias ont peu questionné les principaux témoins de cette problématique.

Mère d’une fille de 17 ans et d’un garçon de 14 ans, Johanne Boilard est divisée devant la série, dont elle juge le message très négatif. Hésitante, elle ignore s’il est plus raisonnable de la visionner avec ses enfants ou d’attendre qu’ils soient plus âgés pour éviter de les choquer.

Au Québec, les commissions scolaires lèvent les boucliers face à la sortie de 13 Reasons Why. Travailleuse sociale au CLSC de Thérèse-De Blainville, Jacinthe Pleau justifie cette réaction : « Je côtoie des jeunes qui ont des idées suicidaires depuis une vingtaine d’années. Ils sont presque tous victimes d’intimidation. »

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